# Les politiques publiques de mémoire
**Date de l'événement :** 01/05/2025
* Publié le 01/05/2025

**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=RW0dDCV8Pv7x&v=3&playerId=ausha-7MlV) 

## Description
**Sarah Gensburger**, sociologue et politiste, travaille sur les politiques publiques de mémoire. Inspirée par Michael Pollak, Maurice Halbwachs et Marie-Claire Lavabre, elle a exploré comment la mémoire devient un objet d’étude sociologique et s'est intéressée pour sa thèse au titre de « Juste parmi les nations », attribué par l’institut israélien Yad Vashem aux non-Juifs ayant sauvé des Juifs durant la Shoah. Elle étudie cette reconnaissance comme une pratique sociale, en analysant les témoignages, les cérémonies et les processus administratifs qui transforment un souvenir privé en mémoire publique.  
  
Sarah Gensburger montre que ce processus impliquait des interactions entre individus et institutions étatiques, notamment les États français et israélien. Son travail a permis d’identifier la manière dont l’État français s’est progressivement emparé de cette commémoration, aboutissant à des cérémonies officielles comme celle de 2007 au Panthéon.  Dans ses recherches plus récentes, Sarah interroge une sociologie des politiques de mémoire, analysant comment l’État catégorise et organise la mémoire à travers ses administrations (défense, culture, collectivités territoriales). Elle met en lumière les effets de ces politiques et questionne leur capacité à transmettre des valeurs.  
Enfin, elle s’intéresse aux phénomènes de "dé-commémoration" (comme le déboulonnage de statues), qu’elle étudie comme des formes modernes de commémoration.

## Intervenant(s)
Sarah Gensburger

## Intervenant(s) secondaires
Samia Ben

### Date de publication de l'épisode
01/05/2025

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Sociologie` `#Science politique` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=RW0dDCV8Pv7x&v=3&playerId=ausha-7MlV

#### Résumé du média
<p style="text-align: justify;"><span class="cursor-default" aria-label="Intervenant(s): Sarah Gensburger">Sarah Gensburger</span>, directrice de recherche CNRS au CSO, aborde ses recherches sur les politiques publiques de m&eacute;moire. Influenc&eacute;e par le travail de Michael Pollak sur la sociologie des camps de concentration, elle s'est int&eacute;ress&eacute;e &agrave; la mani&egrave;re dont la m&eacute;moire est construite et utilis&eacute;e. Pollak, en utilisant des entretiens approfondis avec des survivants d'Auschwitz-Birkenau, a analys&eacute; la construction des souvenirs et les rapports entre les diff&eacute;rents r&eacute;cits, cr&eacute;ant ainsi une sociologie de la m&eacute;moire pour &eacute;clairer la sociologie du camp. <span class="cursor-default" aria-label="Intervenant(s): Sarah Gensburger">Sarah Gensburger</span> a poursuivi cette approche en &eacute;tudiant le titre de "Juste parmi les nations", une distinction d&eacute;cern&eacute;e par l'&Eacute;tat d'Isra&euml;l aux personnes non-juives ayant sauv&eacute; des Juifs pendant la Shoah.</p>
<p style="text-align: justify;">Son travail de th&egrave;se s'est concentr&eacute; sur la pratique du t&eacute;moignage comme objet sociologique, analysant le passage du souvenir priv&eacute; au souvenir public. L'attribution du titre de "Juste" repose sur des t&eacute;moignages corrobor&eacute;s par plusieurs personnes, cr&eacute;ant une interaction entre individus et &Eacute;tats. L'implication croissante de l'&Eacute;tat fran&ccedil;ais dans cette reconnaissance a ajout&eacute; une dimension suppl&eacute;mentaire &agrave; ses recherches, soulignant l'intersection entre pratique du t&eacute;moignage, comm&eacute;moration publique et les diff&eacute;rents acteurs &eacute;tatiques impliqu&eacute;s. Sa m&eacute;thodologie a combin&eacute; l'analyse d'archives, des entretiens avec des t&eacute;moins et des personnes ayant re&ccedil;u ou refus&eacute; le titre, ainsi que l'observation participante au sein d'une association collectant les t&eacute;moignages.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="cursor-default" aria-label="Intervenant(s): Sarah Gensburger">Sarah Gensburger</span> a &eacute;tendu ses recherches &agrave; la mani&egrave;re dont la m&eacute;moire est devenue une cat&eacute;gorie d'action publique. Elle a analys&eacute; l'implication de diff&eacute;rents acteurs &eacute;tatiques dans les questions m&eacute;morielles, notamment &agrave; travers une commission parlementaire sur ce sujet. Son travail a cartographi&eacute; les administrations et les programmes d'action li&eacute;s &agrave; la m&eacute;moire, r&eacute;v&eacute;lant une concurrence entre les administrations de la d&eacute;fense et de la culture. Elle a &eacute;galement &eacute;tudi&eacute; la cr&eacute;ation d'associations se revendiquant de la m&eacute;moire, cherchant &agrave; comprendre l'interaction entre l'&Eacute;tat et la soci&eacute;t&eacute; civile sur ces questions. Son analyse s'est port&eacute;e sur diff&eacute;rentes &eacute;chelles, de l'administration centrale aux collectivit&eacute;s territoriales, en passant par l'&eacute;tude des associations et des discours politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, <span class="cursor-default" aria-label="Intervenant(s): Sarah Gensburger">Sarah Gensburger</span> s'interroge sur les effets de ces politiques de m&eacute;moire, notamment sur les jeunes g&eacute;n&eacute;rations, et sur le rapport entre m&eacute;moire et valeurs. Son travail met en lumi&egrave;re la complexit&eacute; de ces enjeux et la n&eacute;cessit&eacute; d'une approche m&eacute;thodologique rigoureuse pour d&eacute;passer les jugements de valeur et les controverses st&eacute;riles. Elle souligne l'importance de construire un dialogue entre la recherche fondamentale et les pouvoirs publics pour mieux comprendre les pratiques et leurs effets. Parall&egrave;lement &agrave; ses recherches, elle s'investit dans l'histoire publique, notamment &agrave; travers la cr&eacute;ation de podcasts g&eacute;olocalis&eacute;s racontant l'histoire de Paris pendant la guerre.</p>

#### Mots-clés du média
`politiques publiques de mémoire` `sociologie du témoignage` `justes parmi les nations` `mémoire collective` `histoire publique`

#### Chapitres du média
- **L'influence de Michael Pollak et de sa sociologie des camps** (29.168 - 182.362): Sarah Gensburger explique comment le livre de Michael Pollak, « L'expérience concentrationnaire », l'a influencée.  L'ouvrage, qui applique la sociologie bourdieusienne à l'étude du camp de femmes d'Auschwitz-Birkenau, a révélé à Sarah Gensburger la possibilité d'étudier des sujets inattendus en sociologie. Pollak, confronté à l'absence d'archives sur la vie quotidienne dans les camps, a utilisé des entretiens avec des survivantes pour construire une sociologie de la mémoire, analysant comment les souvenirs se construisent et s'articulent. Cette approche a permis de reconstituer la sociologie du camp en comprenant comment le passé est produit et pourquoi certaines personnes témoignent.
    - (29.168): Le livre de Michael Pollak « L'expérience concentrationnaire » porte sur une sociologie du camp de femmes d'Auschwitz-Birkenau.
    - (29.168): Pollak a appliqué la grille classique de la sociologie bourdieusienne à la question du camp d'extermination.
    - (29.168): Il a travaillé sur la mémoire pour étudier le camp, réalisant des entretiens avec des survivantes.
    - (29.168): Pollak a analysé comment se construisent les souvenirs et les récits des survivantes.
    - (29.168): Il a produit une sociologie de la mémoire appliquée à cet exemple.
- **L'expression des souvenirs et les Justes parmi les Nations** (182.922 - 620.761): Sarah Gensburger présente sa thèse de sociologie, « L'expression des souvenirs à travers le titre de Juste parmi les Nations » sous la direction de Marie-Claire Lavabre. Elle explique que ce titre, d'origine religieuse, désigne des personnes non juives ayant sauvé des Juifs pendant la Shoah.  Son travail, basé sur une approche ethnographique, des archives et des enquêtes sociologiques, analyse la pratique du témoignage comme un passage du souvenir privé au souvenir public, impliquant des individus et des États (Israël et France).  Elle s'intéresse à l'interaction entre témoignage, commémoration publique et croisement de groupes (Juifs et non-Juifs).
    - (182.922): Le terme "Juste parmi les nations" est d'origine religieuse et désignait initialement des non-juifs observant les commandements du judaïsme. Il a évolué pour désigner ceux qui n'étaient pas hostiles aux Juifs, puis ceux qui les ont sauvés pendant la Shoah.
    - (182.922): L'État d'Israël a institutionnalisé le terme en 1963 avec la création de Yad Vashem, un institut commémoratif chargé d'honorer les "Justes".
    - (182.922): La recherche de l'intervenant porte sur la sociologie du témoignage, en utilisant le processus de nomination des "Justes" comme étude de cas.
    - (182.922): L'attribution du titre repose sur le témoignage de personnes juives ayant été sauvées, qui racontent leur histoire pour honorer leurs sauveteurs.
    - (182.922): L'étude examine le passage du souvenir privé au souvenir public, l'interaction entre individus et États (France et Israël), et le croisement des mémoires juives et non-juives.
    - (182.922): La méthodologie comprend l'analyse d'archives de Yad Vashem, des entretiens avec des témoins, des "Justes" et des personnes ayant refusé le titre, ainsi que l'observation participante des cérémonies et du processus de témoignage.
- **L'implication de l'État français dans la reconnaissance des Justes** (621.093 - 948.958): Sarah Gensburger analyse l'implication croissante de l'État français dans la reconnaissance des Justes parmi les Nations. Initialement portée par des personnes juives en France et en Israël, la reconnaissance des Justes français s'est progressivement institutionnalisée.  Des cérémonies locales dans des lieux de la République ont sensibilisé les élus, dont Jacques Chirac, alors maire de Paris.  Ce dernier a intégré les Justes dans le discours présidentiel, opposant la collaboration de l'État français non plus aux résistants, mais aux Justes, modifiant ainsi la narration officielle.  Ce processus a abouti à la panthéonisation collective des Justes de France en 2007, les intégrant pleinement à la mémoire nationale.
    - (621.093): Reconnaissance des Justes parmi les Nations : un processus initialement israélien, progressivement approprié par la France.
    - (621.093): Mobilisation de personnes juives (en Israël et en France) dans les années 80 pour la reconnaissance des Justes français.
    - (621.093): Jacques Chirac intègre les Justes dans le discours officiel le 16 juillet 1995, les opposant à la collaboration de l'État français.
    - (621.093): Cérémonie au Panthéon en 2007 : hommage collectif national aux "Justes de France", marquant leur inclusion dans l'histoire nationale.
- **Les questions mémorielles et le rôle de l'État** (949.679 - 1393.532): Sarah Gensburger discute de son HDR, « Qui pose les questions mémorielles ? Sociologie de l'État contemporain ».  Elle explique comment elle a analysé le rôle de l'État dans la construction des questions mémorielles, en partant de la Commission de réflexion sur les questions mémorielles créée suite à la controverse sur la loi concernant le rôle positif de la colonisation.  Elle a cartographié les administrations impliquées dans la mémoire (anciens combattants, culture) et analysé leurs discours, notamment celui de l'État se présentant comme victime d'une demande sociale de mémoire.  Elle démontre que cette demande est aussi créée par l'État lui-même, notamment par la concurrence entre administrations.  Son travail s'appuie sur des archives, de l'ethnographie et l'analyse de la création d'associations liées à la mémoire.
    - (949.679): L'État s'implique dans les questions mémorielles en créant des commissions et en allouant des budgets à des programmes d'action liés à la mémoire.
    - (949.679): L'étude analyse comment l'État a construit une demande de mémoire, parfois en concurrence avec les demandes de la société civile.
    - (949.679): L'administration des anciens combattants s'est intéressée à la mémoire à la fin des années 70 pour se trouver une nouvelle raison d'être.
    - (949.679): Différentes méthodes d'analyse ont été utilisées : analyse d'archives, ethnographie et création d'une base de données d'associations liées à la mémoire.
    - (949.679): L'étude porte sur différentes échelles : administration centrale, collectivités territoriales et associations.
- **Les politiques de mémoire et leurs effets** (1393.992 - 1489.704): Sarah Gensburger aborde les effets des politiques de mémoire, notamment sur les jeunes générations, en référence à son livre co-écrit avec Sandrine Lefranc, « À quoi servent les politiques de mémoire ? ».  Elle s'interroge sur le lien entre mémoire et valeurs, et sur la capacité de la mémoire à transmettre des valeurs ou simplement à actualiser des valeurs préexistantes.  Elle mentionne également son travail au niveau européen avec l'European Social Survey, qui explore les attentes des citoyens vis-à-vis du passé et des politiques de mémoire.
    - (1393.992): Emmanuel Macron mène une politique de mémoire qui suscite des attentes.
    - (1393.992): Sarah Gensburger étudie la production et les effets des politiques de mémoire.
    - (1393.992): Le livre « À quoi servent les politiques de mémoire ? » interroge le lien entre mémoire et valeurs.
    - (1393.992): Un module de l'European Social Survey explore les attentes des citoyens envers les politiques de mémoire.
- **Décommémoration et nouvelles formes de commémoration** (1489.804 - 1676.839): Sarah Gensburger présente son livre « Des commémorations », qui analyse les déboulonnages de statues et autres formes de décommémoration.  Elle introduit le concept de « dé-commémoration » pour souligner que ces actes font partie intégrante de la commémoration et invitent à dépasser les jugements de valeur.  Elle explique que la décommémoration peut être le fait d'activistes, mais aussi d'États autoritaires cherchant à remettre en cause les acquis démocratiques.  Elle illustre son propos avec l'exemple du changement de nom du mont McKinley, rebaptisé Denali puis à nouveau McKinley selon les orientations politiques.
    - (1489.804): La mémoire est un objet chargé en valeurs, émotions et tensions, et la sociologie permet de normaliser cet objet et de sortir des idées préconçues.
    - (1489.804): Le déboulonnage de statues est une forme de dé-commémoration, qui est elle-même une nouvelle forme de commémoration.
    - (1489.804): La dé-commémoration peut être le fait d'activistes ou d'États autoritaires, comme l'illustre l'exemple du mont McKinley.
- **Le rôle du sociologue et du politiste dans la société et les sujets mémoriels** (1678.28 - 1841.932): Sarah Gensburger évoque son rôle en tant que sociologue et politiste dans la société et les sujets mémoriels.  Elle explique son approche d'histoire publique, illustrée par la création de podcasts géolocalisés « Ça s'est passé ici », notamment sur la Shoah à Paris.  Elle insiste sur l'importance du recul et de la méthodologie dans son travail, visant à construire des méthodes pour obtenir des données réflexives et utiles aux décideurs.  Elle souligne la difficulté du dialogue entre recherche fondamentale et pouvoirs publics, tout en se réjouissant des échanges suscités par ses travaux auprès de fonctionnaires et responsables d'administration.
    - (1678.28): La sociologue est aussi historienne et produit des travaux accessibles au grand public, notamment via des podcasts géolocalisés sur la guerre à Paris.
    - (1678.28): Dans "Les Parisiens racontent la Shoah" de son podcast « Ça s'est passé ici », il y a un épisode spécifique sur une rafle d'août 1941 rue des Immeubles Industriels.
    - (1678.28): L'historienne insiste sur l'importance de comprendre comment l'histoire est produite et que ce n'est pas un récit objectif.
    - (1678.28): Son rôle n'est pas de dire ce qu'il faudrait faire, mais de construire des méthodes pour obtenir des données réflexives et utiles aux décideurs.
    - (1678.28): Elle reconnaît la difficulté de dialogue entre recherche et pouvoirs publics, mais reste optimiste grâce aux échanges suscités par ses livres.



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