# La privatisation des prisons françaises
**Date de l'événement :** 06/02/2025
* Publié le 06/02/2025

**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=2VQPripQEwL9&v=3&playerId=ausha-7MlV) 

## Description
Depuis 1987, l’État délègue à des entreprises privées de nombreuses missions dites non régaliennes, mais indispensables au bon fonctionnement des prisons, comme la maintenance, la restauration, la cantine ou le travail pénal. La direction et la sécurité demeurent quant à elles publiques. Aujourd’hui, plus de la moitié des détenus sont incarcérés dans des prisons dites en gestion déléguée ou en partenariat public-privé.  
  
Dans sa thèse de sociologie, **Nathan Rivet** retrace l’évolution et les conséquences de cette privatisation à la française, initialement mise en place pour faire face à une inexorable surpopulation carcérale tout en limitant les dépenses publiques. Son enquête, qui va des coursives de Fleury au couloir de Bercy, s'intéresse autant aux politiques budgétaires qu’aux transformations du travail des agents en prison. **Nathan Rivet** montre comment privatisation et formation de l’État entretiennent une relation complexe, il analyse les responsabilités des acteurs publics et privés face à leurs impératifs économiques et professionnels respectifs.

## Intervenant(s)
Nathan Rivet

## Intervenant(s) secondaires
Samia Ben

### Date de publication de l'épisode
06/02/2025

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Sociologie` 

### Thématique(s)
`#Politiques publiques` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=2VQPripQEwL9&v=3&playerId=ausha-7MlV

#### Résumé du média
<p>Nathan Rivet, jeune chercheur en sociologie, discute de sa th&egrave;se sur la privatisation des prisons fran&ccedil;aises. Il explique son int&eacute;r&ecirc;t pour ce sujet par la croissance de la population carc&eacute;rale, coupl&eacute;e &agrave; une m&eacute;connaissance du fonctionnement des prisons et &agrave; une perception erron&eacute;e de leur immuabilit&eacute;. Il souligne que les prisons, comme d'autres institutions, subissent des transformations, notamment celle de la privatisation, qui implique une coop&eacute;ration entre acteurs publics et priv&eacute;s.</p>
<p>Rivet retrace l'histoire de la privatisation des prisons en France, notant qu'elle ne date pas d'hier. D&egrave;s le XIXe si&egrave;cle, des entrepreneurs g&eacute;n&eacute;raux g&eacute;raient certains aspects des &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires. L'&Eacute;tat a repris la gestion au d&eacute;but du XXe si&egrave;cle, jusqu'aux ann&eacute;es 1980, marqu&eacute;es par une surpopulation carc&eacute;rale et une politique &eacute;conomique favorable aux privatisations. Le gouvernement Chirac II a alors tent&eacute; d'instaurer un mod&egrave;le am&eacute;ricain de prisons priv&eacute;es, mais face aux oppositions, un mod&egrave;le fran&ccedil;ais a &eacute;merg&eacute; : l'&Eacute;tat conserve la garde, la direction et le greffe, tandis que le reste (restauration, maintenance, formation, etc.) est d&eacute;l&eacute;gu&eacute; &agrave; des entreprises priv&eacute;es. Ce mod&egrave;le concerne aujourd'hui 70% des d&eacute;tenus.</p>
<p>Sa recherche, multi-situ&eacute;e, l'a conduit des bureaux minist&eacute;riels aux coursives des prisons, afin d'observer la privatisation "en acte". Il a &eacute;tudi&eacute; comment les politiques budg&eacute;taires sont mises en &oelig;uvre et appropri&eacute;es &agrave; diff&eacute;rents niveaux, en interrogeant aussi bien des hauts fonctionnaires que des surveillants ou des cadres d'entreprises. Ses conclusions s'articulent autour de quatre points : la privatisation comme outil de r&eacute;forme de l'&Eacute;tat, permettant de s&eacute;curiser les capacit&eacute;s administratives et budg&eacute;taires ; la d&eacute;formation et la reformation de l'&Eacute;tat, avec un brouillage des fronti&egrave;res public-priv&eacute;, mais aussi une red&eacute;finition des r&ocirc;les et une nouvelle hi&eacute;rarchisation des groupes sociaux en prison ; l'information accrue sur le fonctionnement des prisons gr&acirc;ce au contr&ocirc;le des prestataires priv&eacute;s ; et enfin, la transformation de l'&Eacute;tat, qui renforce le pouvoir de l'administration centrale et devient d&eacute;pendant des acteurs priv&eacute;s, cr&eacute;ant une tension entre contr&ocirc;le et viabilit&eacute; du march&eacute;.</p>
<p>Rivet d&eacute;taille sa m&eacute;thodologie, combinant entretiens, observation participante dans diff&eacute;rents &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires et analyse d'archives, notamment de contrats. Il aborde la question des gains financiers li&eacute;s &agrave; la privatisation, soulignant que la diff&eacute;rence de co&ucirc;t entre gestion publique et gestion d&eacute;l&eacute;gu&eacute;e est faible. Il remet en question la comparaison de la qualit&eacute; des prestations entre les deux mod&egrave;les, la jugeant inaboutie en raison de l'absence des m&ecirc;mes standards et du fait que les prisons publiques sont souvent plus anciennes. Enfin, il &eacute;voque les difficult&eacute;s d'acc&egrave;s au terrain, li&eacute;es &agrave; la circulation entre diff&eacute;rentes structures et &agrave; la m&eacute;fiance entre acteurs publics et priv&eacute;s. Il conclut en insistant sur le r&ocirc;le du sociologue, non pas de juger si la privatisation est bonne ou mauvaise, mais de r&eacute;v&eacute;ler des fonctionnements cach&eacute;s et d'interroger la n&eacute;cessit&eacute; m&ecirc;me de l'augmentation de la population carc&eacute;rale.</p>

#### Mots-clés du média
`prison` `privatisation` `gestion déléguée` `administration pénitentiaire` `partenariat public-privé`

#### Chapitres du média
- **Introduction et présentation du chercheur** (5.9629 - 46.68451): Présentation du podcast "Objet trouvé" du Centre de Sociologie des Organisations (CSO) et de l'invité, Nathan Rivet, jeune chercheur en sociologie, auteur d'une thèse sur la privatisation des prisons françaises.
    - (5.9629): Nathan Rivet est un jeune chercheur qui a soutenu une thèse en sociologie intitulée « Former l'État par sa privatisation, le recours au secteur privé dans les prisons françaises ».
    - (5.9629): Le podcast explore comment Nathan Rivet est arrivé à traiter du sujet des prisons.
- **L'historique de la privatisation des prisons en France** (47.40471 - 271.67074): Discussion sur l'histoire de la privatisation des prisons en France, depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours, en passant par les grandes privatisations des années 1980 et l'évolution du modèle français de gestion déléguée.
    - (47.40471): La population carcérale française augmente et atteint des records, dépassant bientôt les 80 000 détenus.
    - (47.40471): Le fonctionnement quotidien des prisons est méconnu du grand public.
    - (47.40471): Si les prisons sont souvent comme des espaces immuables, elles sont pourtant sujettes à des transformations et des réformes, notamment la privatisation.
    - (47.40471): Au XIXe siècle, la gestion des prisons était en partie déléguée à des entrepreneurs généraux.
    - (47.40471): L'État a repris la gestion des prisons au début du XXe siècle jusqu'en 1986-1987, au moment des grandes privatisations.
    - (47.40471): La surpopulation carcérale (400%) et les politiques économiques ont encouragé la privatisation des prisons dans les années 1980.
    - (47.40471): Le gouvernement Chirac II avec Albin Chalandon, alors garde des sceaux, a tenté d'instaurer des prisons privées à l'américaine, mais un modèle français a finalement émergé.
    - (47.40471): Dans le modèle français, l'État conserve la sécurité, mais délègue d'autres services à des entreprises privées.
    - (47.40471): Environ 70% des détenus sont actuellement dans des établissements en gestion déléguée ou partenariat public-privé. Il y a des surveillants et des directeurs qui sont des fonctionnaires tandis que la restauration ou la maintenance sont réalisées par des entreprises privées.
- **Méthodologie de recherche et terrain d'étude** (272.07089 - 360.82402): Description de la méthodologie de recherche multisituée adoptée par Nathan Rivet, incluant des observations dans différents établissements pénitentiaires, des entretiens avec divers acteurs (hauts fonctionnaires, surveillants, techniciens privés, cadres d'entreprises) et l'analyse de documents d'archives.
    - (272.07089): Recherche multisituée sur la privatisation des prisons.
    - (272.07089): Enquête des prisons aux bureaux du ministère des Finances en plus des observations en prison.
    - (272.07089): Comprendre la mise en œuvre et l'appropriation des politiques budgétaires.
    - (272.07089): Suivre divers acteurs : hauts fonctionnaires, surveillants, entreprises privées.
    - (272.07089): Étudier la privatisation en action et son fonctionnement.
- **Conclusions de la recherche et conséquences de la privatisation** (361.28441 - 751.14584): Présentation des quatre principales conclusions de la thèse : la privatisation comme outil de réforme de l'État, la déformation et la reformation de l'État, l'information et le contrôle accru, et la transformation des relations entre les différentes strates de l'État et la dépendance croissante aux acteurs privés.
    - (361.28441): La privatisation est utilisée pour réformer l'État, notamment en sécurisant les capacités administratives et budgétaires. L'augmentation du parc carcéral et la contractualisation avec des acteurs privés illustrent ce phénomène.
    - (361.28441): La privatisation entraîne une déformation de l'État, brouillant les frontières entre public et privé.  Cependant, elle s'accompagne également d'une reformation, avec une redéfinition des rôles et une nouvelle hiérarchisation des groupes sociaux en prison.
    - (361.28441): La délégation de services par la privatisation nécessite un contrôle accru. L'administration pénitentiaire développe de nouveaux outils et professionnels pour surveiller les acteurs privés et produire du savoir sur le fonctionnement des prisons.
    - (361.28441): La transformation de l'État se manifeste par des changements dans les relations entre ses différentes strates et par une dépendance croissante envers les acteurs privés (principalement GEPSA, Idex et Sodexo).  Cela soulève des questions sur l'avenir de l'État et les conflits potentiels liés à cette dépendance.
- **Organisation du travail et interactions entre personnels** (752.2623100000001 - 877.0146100000001): Analyse des interactions entre personnels privés et publics dans les prisons, des interdépendances et des controverses qui émergent, et de la difficulté de segmenter le fonctionnement d'une organisation entre public et privé.
    - (752.2623100000001): Distinction initiale des rôles : public (garde, direction, greffe) vs. privé (santé, etc.)
    - (752.2623100000001): Interdépendance : les prestataires privés ont besoin des surveillants (accès, sécurité) et les surveillants ont besoin des prestataires (nourriture, distribution)
    - (752.2623100000001): Distinction public/privé schématique et non fonctionnelle en pratique
    - (752.2623100000001): Coopération et coordination nécessaires, mais présence de conflits et tensions. Intensification des relations entre privé et public.
- **Méthodologie de terrain et accès aux données** (877.4348000000001 - 984.9544000000001): Discussion sur les défis méthodologiques rencontrés lors de l'enquête, notamment la circulation entre différentes structures et la gestion des relations entre acteurs publics et privés, ainsi que l'utilisation d'observations, d'entretiens et de l'analyse d'archives.
    - (877.4348000000001): Méthode employée pour la thèse : observations (3 mois dans 5 établissements différents), entretiens avec des profils variés (des préfets aux techniciens) , et analyse d'archives.
    - (877.4348000000001): Entretiens avec des préfets, des surveillants, et des techniciens.
    - (877.4348000000001): Observation du travail en acte et de l'impact de la privatisation.
    - (877.4348000000001): Analyse de documents d'archives de cabinets ministériels et de garde des Sceaux.
    - (877.4348000000001): Comparaison de la privatisation de 1987 avec celle de 2020 pour comprendre l'évolution des contrats.
- **Coûts et gains de la privatisation** (986.13521 - 1221.42693): Analyse des coûts de la détention et de la comparaison entre la gestion publique et la gestion déléguée, en soulignant les difficultés de comparer des systèmes aux standards et aux investissements différents.
    - (986.13521): Le coût journalier de détention en France est d'environ 108 euros par prisonnier.
    - (986.13521): La gestion déléguée est légèrement moins chère que la gestion publique (106-107 euros contre 109-110 euros).
    - (986.13521): La comparaison entre les deux types de gestion est inaboutie car les prisons publiques sont plus anciennes et n'ont pas les mêmes standards.
    - (986.13521): La moitié des prisons sont en gestion publique, mais les deux tiers des prisonniers sont en gestion déléguée.
    - (986.13521): Certains personnels des prisons publiques considèrent leur modèle comme dépassé.
- **Accès au terrain et difficultés rencontrées** (1222.38719 - 1296.92175): Description des difficultés d'accès au terrain, notamment la circulation entre différentes structures et la gestion des relations entre acteurs publics et privés, et les stratégies adoptées pour surmonter ces obstacles.
    - (1222.38719): Difficulté d'accès au terrain due à la circulation entre différentes structures avec des normes très différentes et entre les secteurs public et privé.
    - (1222.38719): Changements fréquents d'établissement et adaptation aux différents groupes.
    - (1222.38719): Nécessité de se fondre dans chaque environnement (caméléon).
    - (1222.38719): Méfiance, concurrence et conflits potentiels entre les secteurs public et privé.
    - (1222.38719): Stratégie adoptée : changements récurrents d'établissement pour s'intégrer aux différents groupes et comprendre leur quotidien.
- **Rôle du sociologue et réflexions sur l'incarcération** (1297.26207 - 1460.69882): Discussion sur le rôle du sociologue dans la société et la nécessité de révéler des réalités cachées, ainsi que sur les conséquences de la privatisation des prisons et l'augmentation de la population carcérale.
    - (1297.26207): Le rôle du sociologue n'est pas de juger si la privatisation est bonne ou mauvaise, mais de révéler des mécanismes cachés et des idées préconçues.
    - (1297.26207): La privatisation des prisons n'est pas un retrait de l'État, mais un redéploiement de ses fonctions, contribuant à augmenter ses capacités répressives.
    - (1297.26207): La privatisation a permis l'extension du parc carcéral et transforme la gestion quotidienne des établissements.
    - (1297.26207): La discussion sur la privatisation des prisons occulte la question de la nécessité même de l'incarcération croissante et de ses alternatives.
    - (1297.26207): L'incarcération massive est contre-productive, et des alternatives plus fonctionnelles existent pour la réinsertion.



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