# Féminismes et personnes trans
**Date de l'événement :** 23/12/2024
* Publié le 23/12/2024

**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=B6J6aIn1aAPJ&v=3&playerId=ausha-7MlV) 

## Description
Qui a le droit de se dire féministe et de faire partie du mouvement ? Dans cet épisode, **Emmanuel Beaubatie**, chargé de recherche CNRS au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique, explore les mécanismes d'exclusion au sein des mouvements féministes. Il revient sur les controverses liées à la place des personnes trans et non-binaires dans les féminismes et l’histoire de leur altérisation.

📚 Ressources

*   Les livres d’Emmanuel Beaubatie : [Ne suis-je pas un.e féministe ?](https://www.seuil.com/ouvrage/ne-suis-je-pas-un-e-feministe-emmanuel-beaubatie/9782021544220) (Seuil, 2024) ; [Transfuges de sexe. Passer les frontières du genre](https://www.editionsladecouverte.fr/transfuges_de_sexe-9782348082085) (La Découverte, 2021)
*   Le livre de bell hooks, traduit en français : [Ne suis-je pas une femme ?](https://www.cambourakis.com/tout/sorcieres/ne-suis-je-pas-une-femme-2/)(Cambourakis, 2015;2024)
*   Pierre Bourdieu aborde la notion d’espace social notamment dans un texte co-écrit avec Monique De Saint-Martin : [“Anatomie du goût”](https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1976_num_2_5_3471) (Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1976)
*   Le livre de la journaliste états-unienne Susan Faludi, traduit en français : [Backlash. La guerre froide contre les femmes](https://www.desfemmes.fr/essai/backlash/) (éditions Des femmes, 1993)

## Intervenant(s)
Emmanuel Beaubatie

## Intervenant(s) secondaires
Violette Toye

### Date de publication de l'épisode
23/12/2024

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Sociologie` 

### Thématique(s)
`#Genre / sexualité` `#Discriminations / inégalités / intersectionnalité` 

### Objectif(s) de développement durable
`#5 - Égalité entre les sexes` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=B6J6aIn1aAPJ&v=3&playerId=ausha-7MlV

#### Résumé du média
<p>Emmanuel Beaubatie, charg&eacute; de recherche au CNRS, aborde la question de l'exclusion des personnes transgenres par certaines f&eacute;ministes, en s'appuyant sur son essai intitul&eacute; &laquo; Ne suis-je pas un.e f&eacute;ministe ? &raquo;. L'auteur fait r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la phrase &laquo; Ne suis-je pas une femme ? &raquo; prononc&eacute;e par une femme noire en 1851, soulignant ainsi les exclusions au sein du mouvement f&eacute;ministe. Son objectif est de r&eacute;inscrire la controverse trans dans une histoire plus large, marqu&eacute;e par diverses formes d'exclusion. Il &eacute;voque le cas des lesbiennes dans les ann&eacute;es 70, le black feminism et la situation des travailleuses du sexe, montrant que les fronti&egrave;res du sujet politique du f&eacute;minisme sont toujours &agrave; red&eacute;finir.</p>
<p>Emmanuel Beaubatie transpose le concept de mobilit&eacute; sociale de classe au genre, soulignant que le changement de genre est rarement consid&eacute;r&eacute; comme tel en raison de la naturalisation du genre. Il explique que, tout comme on peut changer de milieu social, on peut quitter le sexe assign&eacute; &agrave; la naissance. Cependant, il nuance cette analogie en pr&eacute;cisant que les transfuges de sexe sont une population minoritaire, discrimin&eacute;e et stigmatis&eacute;e.</p>
<p>Emmanuel Beaubatie reprend &eacute;galement le concept d'espace social &agrave; la sociologie des classes sociales pour penser le genre en plusieurs dimensions et le d&eacute;binariser. Il critique le f&eacute;minisme mat&eacute;rialiste qui pense le genre comme des classes de sexe antagonistes sans mobilit&eacute; possible. Il propose de d&eacute;binariser le genre &agrave; partir du concept d'espace, tout en s'appropriant le cadre th&eacute;orique f&eacute;ministe.</p>
<p>Enfin, Emmanuel Beaubatie souligne qu'il n'est pas r&eacute;aliste d'opposer lutte f&eacute;ministe et combat contre la transphobie. Il pr&eacute;f&egrave;re parler de cissexisme plut&ocirc;t que de transphobie, car la transphobie contient du sexisme. Les personnes trans sont stigmatis&eacute;es parce qu'elles osent passer les fronti&egrave;res du genre, ce qui menace la masculinit&eacute; de certains hommes. Il consid&egrave;re que la transphobie et le sexisme se coproduisent. Concernant le terme de &laquo; backlash &raquo;, il estime qu'il existe des conditions de possibilit&eacute; des dynamiques r&eacute;pressives li&eacute;es &agrave; des contextes sp&eacute;cifiques, comme la transformation des extr&ecirc;mes droites et leurs liens avec certains p&ocirc;les de la cause des femmes.</p>

#### Mots-clés du média
`Transformation des mouvements sociaux` `transidentité` `Histoire du féminisme` `Oppression systémique des personnes transgenres` `exclusion transgenre`

#### Chapitres du média
- **Introduction : Présentation d'Emmanuel Beaubatie et de son ouvrage "Ne suis-je pas une féministe ?"** (8.973 - 57.064): Présentation d'Emmanuel Beaubatie, chercheur au CNRS, et de son dernier essai qui explore l'exclusion des personnes transgenres par certaines féministes. Le livre s'inscrit dans une réflexion plus large sur les frontières du féminisme et les formes d'altérisation au sein du mouvement.
    - (8.973): Présentation d'Emmanuel Beaubatie, chercheur au CNRS, et de ses publications sur les parcours transgenres et le féminisme.
    - (8.973): Il a publié un essai en 2024 « Ne suis-je pas un·e féministe ? » qui traite de l'exclusion des personnes transgenres par certaines féministes. Ce titre fait référence à la question "Ne suis-je pas une femme ?" posée par une femme noire pour dénoncer son exclusion en 1851 à la Convention des femmes.
- **Genèse du titre "Ne suis-je pas une féministe ?" et enjeux du livre** (105 - 282.276): Emmanuel Beaubatie souhaite interroger les frontières floues de la catégorie femme et les exclusions au sein du féminisme, en partant des controverses autour des personnes trans et non-binaires. Le livre réinscrit ces controverses dans une histoire plus longue du féminisme, marquée par diverses formes d'exclusion, comme celles des lesbiennes dans les années 70 ou des travailleuses du sexe.
    - (105): Emmanuel Beaubatie aborde dans son livre les exclusions et altérisations qui existent dans le mouvement féministe.
    - (105): La place des personnes transgenres dans le mouvement féministe a suscité de nombreuses controverses. L'objectif du livre était donc de réinscrire la question trans dans une perspective historique plus large du féminisme. Il a aussi travaillé sur les accusations  de sectarisme subies par les femmes lesbiennes.
    - (105): Emmanuel Beaubatie revient aussi sur le black feminism aux Etats-Unis qui a conduit au concept d'intersectionnalité, pour penser les différentes  formes de dominations ensemble.
    - (105): Les travailleuses du sexe font aussi l'objet d'exclusions dans le mouvement féministe.
    - (105): Emmanuel Beaubatie souhaite montrer, en revenant sur différents exemples issus de l'histoire de la pensée féministe, que les frontières du féminisme sont toujours à redéfinir.
- **La transition comme mobilité : analogie avec la mobilité sociale et le concept de transfuge de sexe** (283.096 - 415.081): Emmanuel Beaubatie transpose le cadre de la mobilité sociale au champ du genre, soulignant que le changement de genre est rarement considéré comme une mobilité. L'analogie entre genre et classe permet de penser le changement de genre comme un passage d'un état assigné à un autre. Les transfuges de sexe sont cependant des transfuges minorisés, confrontés à la discrimination et à la stigmatisation.
    - (283.096): Emmanuel Beaubatie compare la transition de genre à une mobilité géographique (migration) et sociale (mobilité entre classes).
    - (283.096): L'objectif d'Emmanuel Beaubatie est de transposer le cadre de la mobilité sociale de classe, que l'on connaît bien, dans le champ des études sur le genre.
    - (283.096): Le changement de genre est rarement considéré comme une mobilité, car le genre est souvent naturalisé et biologisé.
    - (283.096): Il est possible de changer de genre, de vivre une mobilité sociale de genre.
    - (283.096): Les transfuges de sexe sont une population minoritaire, minorisée, discriminée et stigmatisée.
- **L'espace social du genre : une approche multidimensionnelle et débinarisée** (415.942 - 546.417): Emmanuel Beaubatie reprend le concept d'espace social à la sociologie des classes sociales pour penser le genre en plusieurs dimensions et le débinariser. Cette approche s'oppose à une vision du genre comme simple opposition entre hommes et femmes, inspirée du féminisme matérialiste. L'objectif est de déployer un raisonnement analogique qui déconstruit les catégories binaires du genre.
    - (415.942): L'espace social du genre est un concept multidimensionnel inspiré de la sociologie des classes sociales.
    - (415.942): L'objectif est de débinariser le genre, en s'éloignant d'une vision binaire hommes/femmes.
    - (415.942): Pierre Bourdieu a montré que les classes sociales ne se réduisent pas à une simple opposition économique entre les bourgeois et les prolétaires.
    - (415.942): Le féminisme matérialiste dominant en France considère le genre comme des classes de sexe antagoniques, sans possibilité de mobilité entre elles.
    - (415.942): L'idée est de redéployer un raisonnement analogique pour débinariser le genre à partir du concept d'espace social.
- **Lutte féministe et combat contre la transphobie : une nécessité indissociable** (548.639 - 729.571): Il n'est pas réaliste d'opposer lutte féministe et combat contre la transphobie car celle-ci est une forme de sexisme. La transphobie, ou cissexisme, est une oppression systémique qui découle du fait que les personnes trans transgressent les frontières du genre. Les violences faites aux personnes trans révèlent des enjeux liés à la masculinité et à la remise en question des normes de genre.
    - (548.639): Emmanuel Beaubatie a écrit : "Il n'est pas réaliste d'opposer lutte féministe et combat contre la transphobie.".  Il considère par ailleurs que les termes "transphobie" et "homophobie" ne sont pas entièrement appropriés, car ils renvoient à une dimension individuelle et irrationnelle, occultant ainsi les aspects structurels et systémiques de ces discriminations.
    - (548.639): La transphobie est une oppression systémique, et il est préférable de parler de cissexisme plutôt que de transphobie. "Cis" renvoie aux personnes cisgenres, qui ne sont pas transgenres.
    - (548.639): La transphobie est une forme de sexisme car les personnes trans transgressent les frontières de genre.
    - (548.639): Les violences envers les personnes trans sont souvent motivées par une perception de menace à l'égard de la masculinité. Pour les femmes trans, ces violences viennent souvent d'hommes se sentant menacés dans leur masculinité, tandis que les hommes trans sont renvoyés à leur passé féminin. Quant aux personnes non-binaires, leur existence même représente un trouble perçu comme menaçant par de nombreux hommes.
    - (548.639): La transphobie et le sexisme sont des dominations qui se coproduisent.
- **Backlash : une vision trop mécanique de la répression ?** (730.551 - 877.122): Emmanuel Beaubatie nuance l'utilisation du terme "backlash", qui décrit une contre-offensive réactionnaire suite aux avancées des droits des femmes. Il préfère considérer qu'il existe des conditions de possibilité des dynamiques répressives liées à des contextes spécifiques. La transformation des extrêmes droites et leurs liens avec certains courants féministes contribuent à ces dynamiques.
    - (730.551): La question de la place des personnes trans dans les mouvements féministes est un sujet récurrent.
    - (730.551): Le terme de "backlash" est utilisé par Susan Faludi pour décrire une contre-offensive réactionnaire suite aux avancées des droits.
    - (730.551): Emmanuel Beaubatie évite d'employer le terme "backlash", qu'il juge trop mécanique et réducteur en raison de son approche linéaire de la répression. Selon lui, l'évolution des rapports avec les mouvements féministes dépend avant tout des contextes dans lesquels elle s'inscrit.
    - (730.551): Le contexte actuel est marqué par la transformation des extrêmes droites et leurs liens avec des groupes se réclamant féministes mais tenant des discours discriminatoires.



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