# Sociologie des peines de coeur, avec Victor Coutolleau
**Date de l'événement :** 28/05/2024
* Publié le 28/05/2024

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**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=om2MxcG3QLKG&v=3&playerId=ausha-7MlV) 

## Description
Râteau, chagrin d’amour, séparation, … Dans cet épisode, **Victor Coutolleau**, sociologue post-doctorant à Sciences Po, revient sur le rôle des confidentes et des confidents lorsqu’une personne traverse une peine de cœur. À travers le prisme de la sociologie des émotions, il explique comment les conversations intimes avec des proches, aident à avancer, à gérer la situation, et raconte les dynamiques de genre à l'œuvre.

📚 Ressources

*   Consulter la thèse de Victor Coutolleau : [La gestion des déceptions amoureuses comme travail émotionnel genré : entre appuis interpersonnels et contraintes institutionnelles](https://theses.hal.science/tel-04223094) (2023)
*   Lire un article de Victor Coutolleau sur [le genre des confident·es dans les relations amoureuses hétérosexuelles et homosexuelles](https://journals.openedition.org/gss/8220#quotation), publié dans Genre, sexualité & société en 2023
*   Lire un chapitre d’ouvrage (en anglais) écrit par la sociologue américaine Arlie Russell Hochschild : [The sociology of emotion as a way of seeing](https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9780203437452-10/sociology-emotion-way-seeing-arlie-russell-hochschild) (1997)
*   Découvrir le livre de Céline Bessière, Sibylle Gollac : [_Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités_](https://www.editionsladecouverte.fr/le_genre_du_capital-9782348044380) (La Découverte, 2020)

## Intervenant(s)
Victor Coutolleau

## Intervenant(s) secondaires
Violette Toye

### Date de publication de l'épisode
28/05/2024

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Sociologie` 

### Thématique(s)
`#Genre / sexualité` 

### Objectif(s) de développement durable
`#5 - Égalité entre les sexes` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=om2MxcG3QLKG&v=3&playerId=ausha-7MlV

#### Résumé du média
<p>Victor Coutolleau, sociologue post-doctorant &agrave; Sciences Po, explique l'&eacute;volution de sa th&egrave;se sur les peines de c&oelig;ur. Initialement, il souhaitait &eacute;tudier comment les individus donnent un sens a posteriori &agrave; leurs d&eacute;ceptions amoureuses, mais il a constat&eacute; que les personnes interrog&eacute;es avaient du mal &agrave; fournir des raisons pr&eacute;cises. Il a alors r&eacute;orient&eacute; sa recherche vers les pratiques mises en &oelig;uvre pour aller mieux, adoptant une approche sociologique ax&eacute;e sur le travail &eacute;motionnel.</p>
<p>Le sociologue d&eacute;finit la d&eacute;ception amoureuse comme un d&eacute;calage entre les attentes affectives et la r&eacute;alit&eacute; de la relation. Il souligne que la sociologie s'int&eacute;resse aux &eacute;motions depuis longtemps, en &eacute;tudiant comment la vie en groupe influence l'&eacute;tat &eacute;motionnel des individus. Il cite &Eacute;mile Durkheim et Max Weber comme exemples de sociologues classiques ayant int&eacute;gr&eacute; les &eacute;motions dans leurs analyses. Victor Coutolleau pr&eacute;cise que depuis les ann&eacute;es 1970 et 1980, des sociologues ont cherch&eacute; &agrave; conceptualiser et &agrave; &eacute;tudier les &eacute;motions de mani&egrave;re plus syst&eacute;matique, avec des figures marquantes comme Arlie Hochschild et son concept de travail &eacute;motionnel.</p>
<p>Victor Coutolleau met en &eacute;vidence le r&ocirc;le collectif dans la gestion des peines de c&oelig;ur. Contrairement &agrave; l'id&eacute;e que le couple est une affaire strictement bilat&eacute;rale, il a observ&eacute; que les individus se confient souvent &agrave; leurs amis et &agrave; leur famille lorsqu'ils rencontrent des difficult&eacute;s dans leur relation. Ces confidents peuvent influencer les d&eacute;cisions de s&eacute;paration, offrir un espace de d&eacute;compression ou &eacute;valuer les chances de succ&egrave;s d'une relation. L'&eacute;tude de Victor Coutolleau r&eacute;v&egrave;le une dimension genr&eacute;e de ce travail &eacute;motionnel, les femmes &eacute;tant plus enclines &agrave; se confier &agrave; d'autres femmes, tandis que les hommes ont tendance &agrave; se tourner vers d'autres hommes, mais dans une moindre mesure.</p>
<p>L'&eacute;tude de Victor Coutolleau aupr&egrave;s de personnes lesbiennes, gays et bisexuelles a permis de nuancer la compr&eacute;hension des dynamiques de genre. Chez les hommes gays, l'&eacute;loignement des cercles de confidence traditionnels et la volont&eacute; d'&eacute;viter les st&eacute;r&eacute;otypes ont conduit &agrave; des configurations diff&eacute;rentes en fonction des g&eacute;n&eacute;rations et des sociabilit&eacute;s. Enfin, il rappelle que les contraintes &eacute;conomiques et juridiques li&eacute;es au couple, telles que le logement, les contrats de mariage et la d&eacute;pendance financi&egrave;re, peuvent peser sur les d&eacute;cisions de s&eacute;paration et que les confidents ne peuvent compenser les in&eacute;galit&eacute;s structurelles.</p>

#### Mots-clés du média
`sociologie des émotions` `déception amoureuse` `travail émotionnel genré` `relations de confidence` `inégalités économiques couple`

#### Chapitres du média
- **Genèse et évolution du sujet de thèse de Victor Coutolleau** (50.2 - 205.033): Victor Coutolleau explique comment son projet de thèse initial, axé sur la manière dont les individus donnent un sens à leurs peines de cœur, a évolué. Il raconte qu'il s'est rendu compte que les gens ne cherchent pas forcément à comprendre pourquoi une relation a échoué, mais plutôt à aller mieux. Il a donc réorienté sa recherche vers les pratiques de gestion de la déception amoureuse, révélant des différences de genre.
    - (50.2): Le projet initial de Victor Coutolleau visait à étudier comment les gens donnent un sens à leurs peines de cœur a posteriori (séparations, moments de creux, râteaux).
    - (50.2): Les enquêtes ont révélé une difficulté à identifier des raisons précises aux problèmes relationnels, avec des réponses générales ou très spécifiques, sans distinction de genre.
    - (50.2): Victor Coutolleau partait du principe que les acteurs sociaux cherchent forcément à donner du sens à leurs expériences. Cependant, il s'est rendu compte que cette hypothèse était erronée.
    - (50.2): L'importance de vouloir aller mieux et de passer à autre chose chez les personnes sortant d'une relation a conduit Victor Coutolleau à étudier les pratiques de gestion des déceptions amoureuses.
    - (50.2): La thèse du sociologue a évolué vers une sociologie des pratiques et du travail émotionnel, révélant des différences de genre.
- **Définition de la déception amoureuse** (206.014 - 247.848): Victor Coutolleau clarifie le terme de déception amoureuse, englobant les râteaux, les séparations et les moments de creux dans les relations. Il explique qu'il y a un décalage entre les attentes affectives et la réalité de la relation, ce qui cause de la peine.
    - (206.014): Victor Coutolleau souligne que le terme de peine de coeur est plus adapté que celui de déception amoureuse qui recouvre râteaux, séparations, moments de creux.
    - (206.014): La déception amoureuse renvoie au décalage entre les attentes affectives et la réalité de la relation.
    - (206.014): Le terme de peine de cœur est plus adapté et compréhensible.
- **La sociologie des émotions : perspective historique** (250.33 - 473.172): Victor Coutolleau explique que la sociologie s'intéresse aux émotions depuis ses débuts, avec des figures comme Durkheim et Weber. Il précise que l'étude des émotions est souvent secondaire, servant à répondre à d'autres questions de recherche. Il souligne que depuis les années 70 et 80, des sociologues ont cherché à conceptualiser et à étudier les émotions de manière plus systématique, notamment avec le concept de travail émotionnel d'Arlie Russell Hochschild.
    - (250.33): Victor Coutolleau explique que la sociologie s'intéresse aux émotions depuis ses débuts, en étudiant leur influence sur l'état émotionnel des individus.
    - (250.33): Victor Coutolleau prend l'exemple d'Emile Durkheim qui étudie l'impact des situations économiques et des croyances religieuses sur les états émotionnels et le suicide.
    - (250.33): Weber analyse comment le groupe influence les émotions, notamment à travers les conséquences psychologiques du dogme calviniste.
    - (250.33): Depuis les années 70-80, la sociologie cherche à conceptualiser et partager des méthodes pour étudier les émotions. Avant cette période, les émotions n'étaient pas étudiées comme champ à part entière mais comme explication d'un problème plus large.
    - (250.33): Arlie Russell Hochschild a développé le concept de travail émotionnel, soulignant l'interprétation et la gestion active des émotions par les individus.
    - (250.33): Le groupe social influence la légitimité des émotions et fournit des méthodes pour les gérer.
- **La dimension collective de la peine de cœur** (473.872 - 586.851): Victor Coutolleau explique que les individus ne sont jamais seuls face à leur peine de cœur. Il souligne l'importance du rôle des confidents (amis, famille) dans la gestion des difficultés relationnelles. Ces confidents peuvent influencer les décisions de séparation, offrir un espace de décompression, ou encore évaluer les chances de succès d'une relation.
    - (473.872): Dans son étude, Victor Coutolleau explique que les individus ne sont jamais vraiment seuls face à leur peine de cœur. Il a remarqué c'est un travail collectif, alors qu'il s'attendait à ce que la gestion du couple et la rupture restent limitées à la sphère très intime, voire à l'individu seul.
    - (473.872): Victor Coutolleau souligne que les gens vont voir des amis, ils vont parler avec leur famille quand ça ne va pas dans leur relation.
    - (473.872): Les confidents peuvent légitimer des envies et inciter à sauter le pas lors des séparations.
    - (473.872): On va aller voir des confidents pour avoir un espace de décompression et relâcher la pression.
    - (473.872): Les confidents sont présents avant, pendant et après la relation.
- **Le genre et le travail émotionnel : qui sont les confidents ?** (587.871 - 771.334): Victor Coutolleau met en évidence un effet de genre marqué dans la gestion des peines de cœur. Les femmes ont tendance à plus souvent parler de leurs problèmes relationnels à d'autres personnes avant même d'en parler à leur partenaire. Les femmes se confient majoritairement à d'autres femmes, tandis que les hommes se confient plus souvent à d'autres hommes, mais dans une proportion moins marquée. Victor Coutolleau souligne que la confidence peut être à double tranchant, à la fois une ressource et une forme de contrôle social.
    - (587.871): Victor Coutolleau a travaillé sur une enquête statistique sur l'étude des parcours individuels et conjugaux (2012/2013). Il a relevé que 60% des femmes parlent de leur envie de séparation à quelqu'un d'autre avant d'en parler à leur partenaire, contre 40% des hommes.
    - (587.871): Le sociologue souligne que, chez les femmes, il est courant d'aborder la question de la séparation en amont, alors que, chez les hommes, la tendance est plutôt à l'éviter.
    - (587.871): Les femmes se tournent majoritairement vers d'autres femmes pour se confier. 50% à 60% des hommes qui ont parlé de la séparation se sont tournés en premier lieu vers d'autres hommes. Cela signifie que ce sont majoritairement les femmes qui gèrent les déceptions amoureuses de leurs proches.
    - (587.871): La confidence s'inscrit dans la continuité de la sociabilité féminine fondée sur le partage de la vie de chacune. Victor Coutolleau souligne que cette injonction à la confidence n'est pas toujours appréciée par certaines femmes. La confidence est à double tranchant : à la fois une ressource et une méthode de contrôle social.
- **L'apport des études sur les personnes LGBTQ+ à la compréhension du genre** (772.334 - 910.896): Victor Coutolleau explique que l'étude des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles a permis de mieux comprendre l'influence du genre sur les pratiques de confidence. Il explique que les hommes gays peuvent s'éloigner des cercles de confidence traditionnels pour éviter le stigmate associé à l'homosexualité. Les pratiques de confidence varient selon les générations et les sociabilités.
    - (772.334): L'étude de Victor Couttoleau se concentre sur l'influence du genre sur les pratiques de confidence, notamment chez les couples de même sexe.
    - (772.334): Les jeunes gays évitent les cercles de confidence traditionnels hétérosexuels à cause de la stigmatisation de l'homme homosexuel et utilisent souvent des applications de rencontre pour échapper au cercle classique de la communauté LGBT. 
    - (772.334): Les générations plus âgées, plus intégrées au milieu LGBT, ont des pratiques de confidence incluant des hommes gays ou bisexuels et des femmes.
    - (772.334): Les hommes hétérosexuels sont souvent absents des cercles de confidence des hommes gays.
    - (772.334): Les choix de confidence sont influencés par le genre, la génération, la classe sociale et les sociabilités.
- **Les contraintes économiques et juridiques dans les séparations** (911.596 - 1133.86): Victor Coutolleau insiste sur le fait que le couple est intégré dans des institutions et que les décisions de séparation sont souvent influencées par des contraintes économiques, juridiques et légales. Il donne l'exemple des difficultés de logement et de la dépendance économique des femmes, qui peuvent limiter leur capacité à initier une séparation. Il souligne que les confidents peuvent aider, mais ne peuvent pas compenser les inégalités salariales ou les lacunes des dispositifs légaux.
    - (911.596): Victor Coutolleau explique que le couple est intégré dans des institutions et les séparations sont influencées par des contraintes économiques et juridiques.
    - (911.596): La cohabitation implique des enjeux financiers et légaux, comme le logement et les contrats de mariage.
    - (911.596): La dépendance économique des femmes limite leur capacité à initier une séparation.
    - (911.596): Les confidents peuvent offrir un soutien limité, mais ne peuvent pas compenser les inégalités structurelles et les lacunes des politiques publiques.
    - (911.596): Victor Coutolleau explique que la répartition inégale du travail domestique crée des inégalités en matière de cotisations sociales et de droits au chômage/retraite.



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