# Une éthique de l'expérience minoritaire, avec Bruno Perreau
**Date de l'événement :** 26/03/2024
* Publié le 26/03/2024

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**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=om2MxcM2z0ML&v=3&playerId=ausha-7MlV) 

## Description
Dans cet épisode, **Bruno Perreau**, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), revient sur les théories de la justice et de la représentation. En utilisant les notions de sphères, de présences minoritaire et majoritaire, et d'intrasectionnalité, il propose une “éthique d’accueil de l'autre”.  
  

📚 Ressources

*   Le livre de Bruno Perreau : [_Sphères d’injustice_](https://www.editionsladecouverte.fr/spheres_d_injustice-9782348080746) (La Découverte, 2023)
*   Les livres de Bruno Perreau publiés aux Presses de Sciences Po : [_Les défis de la République. Genre, territoires, citoyenneté_](https://www.pressesdesciencespo.fr/en/book/?gcoi=27246100867470) (dirigé avec Joan W. Scott en 2017), [_Qui a peur de la théorie queer ?_](https://www.pressesdesciencespo.fr/en/book/?gcoi=27246100163040) (2018)
*   Le livre de Michael Waltzer : [_Sphères de justice_](https://www.seuil.com/ouvrage/spheres-de-justice-michael-walzer/9782021113006) (Seuil, 2013)

## Intervenant(s)
Bruno Perreau

## Intervenant(s) secondaires
Violette Toye

### Date de publication de l'épisode
26/03/2024

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Science politique` 

### Thématique(s)
`#Genre / sexualité` 

### Objectif(s) de développement durable
`#5 - Égalité entre les sexes` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=om2MxcM2z0ML&v=3&playerId=ausha-7MlV

#### Résumé du média
<p>Bruno Perreau explique que son int&eacute;r&ecirc;t pour la question de l'injustice remonte &agrave; ses travaux sur les politiques d'adoption en France. Il avait constat&eacute; que l'extension de l'&eacute;galit&eacute; &agrave; de nouveaux groupes, comme les couples de m&ecirc;me sexe, se faisait par comparaison aux groupes d&eacute;j&agrave; privil&eacute;gi&eacute;s, cr&eacute;ant une centralit&eacute; paradoxale autour de ces derniers. Cette r&eacute;flexion s'est ensuite &eacute;tendue &agrave; d'autres domaines, tels que l'action affirmative et la th&eacute;orie queer. L'actualit&eacute;, marqu&eacute;e par des meurtres racistes aux &Eacute;tats-Unis et en France, l'a incit&eacute; &agrave; approfondir la question de la justice. Il s'appuie sur le concept de "sph&egrave;res de justice" de Michael Walzer, en l'&eacute;largissant &agrave; partir des exp&eacute;riences d'injustice, soulignant que la coh&eacute;rence d'un espace moral r&eacute;side dans la r&eacute;sonance entre ces exp&eacute;riences.</p>
<p>L'approche de Bruno Perreau concernant les notions de minorit&eacute; et de majorit&eacute; s'articule autour de l'exp&eacute;rience d'injustice, qu'il d&eacute;cline en trois volets : le v&eacute;cu direct, la possibilit&eacute; de l'injustice et le spectacle de l'injustice. Il d&eacute;finit un groupe minoritaire comme &eacute;tant caract&eacute;ris&eacute; par un rapport de pouvoir d&eacute;favorable, durable et intense, conduisant &agrave; une discrimination structurelle qui devient un facteur d'identit&eacute;. Il souligne que les exp&eacute;riences d'injustice peuvent &ecirc;tre fugaces ou structurelles, et que les notions de majorit&eacute; et de minorit&eacute; sont relationnelles et contextuelles. Cette d&eacute;finition plus exigeante implique des strat&eacute;gies juridiques plus fines et souples pour r&eacute;pondre aux injustices.</p>
<p>Bruno Perreau met en avant la polys&eacute;mie du genre, englobant les rapports entre les hommes et les femmes, l'orientation sexuelle et les identit&eacute;s de genre. Il illustre comment, dans les discriminations bas&eacute;es sur le genre, d'autres caract&eacute;ristiques comme l'&acirc;ge peuvent entrer en jeu. Il &eacute;voque le concept d'intersectionnalit&eacute;, tout en soulignant ses limites lorsqu'il devient trop complexe, rendant difficile la preuve de la discrimination. Il propose alors l'id&eacute;e d'intrasectionnalit&eacute;, c'est-&agrave;-dire la r&eacute;sonance entre diff&eacute;rentes cat&eacute;gories prot&eacute;g&eacute;es, en partant du principe que l'on porte d&eacute;j&agrave; en soi la pr&eacute;sence des autres. Selon lui, la notion de genre est particuli&egrave;rement hospitali&egrave;re &agrave; cette approche, conduisant &agrave; une vision plus solidariste du droit, o&ugrave; la protection des uns b&eacute;n&eacute;ficie aussi aux autres.</p>
<p>Dans la derni&egrave;re partie de son livre, Bruno Perreau explore la pr&eacute;sence de l'autre en nous-m&ecirc;mes, distinguant une pr&eacute;sence majoritaire, qui enjoint le sujet &agrave; se contr&ocirc;ler, et une pr&eacute;sence minoritaire, qui accepte de se laisser traverser par la vie des autres. Il prend des exemples litt&eacute;raires, comme Annie Ernaux et Jean Genet, pour illustrer cette exp&eacute;rience du l&acirc;cher-prise et de l'accueil de l'autre. Bruno Perreau d&eacute;veloppe ainsi une &eacute;thique minoritaire, qui part du principe que l'autre est d&eacute;j&agrave; mat&eacute;riellement constitu&eacute; en nous, que nos fibres sont aussi les fibres de l'autre. Cette &eacute;thique a une importance particuli&egrave;re &agrave; l'&egrave;re de la mondialisation et du danger environnemental, car elle implique que le destin de l'autre est aussi notre destin. Bruno Perreau plaide pour une d&eacute;mocratie profonde, qui fonctionne &agrave; g&eacute;om&eacute;trie variable et qui donne une place &agrave; ceux qui n'ont pas de voix dans l'espace public, en proposant par exemple une troisi&egrave;me chambre du Parlement ou des majorit&eacute;s variables selon les sujets. Il sugg&egrave;re &eacute;galement de faire varier la composition des jurys pour tenir compte des in&eacute;galit&eacute;s sociales et des biais de classe.</p>

#### Mots-clés du média
`Discrimination structurelle` `minorité et majorité` `Protection juridique différenciée` `sphères et expériences d'injustice` `éthique minoritaire`

#### Chapitres du média
- **Genèse de la réflexion sur l'injustice et les sphères d'injustice** (36.852 - 254.944): Bruno Perreau explique que son intérêt pour l'injustice découle de ses travaux sur l'adoption et les politiques d'égalité, où il a observé un paradoxe dans la manière dont cette égalité est reconnue. Il a ensuite appliqué cette réflexion à d'autres domaines comme l'action affirmative et la théorie queer. L'actualité, notamment les meurtres racistes, l'a poussé à aborder frontalement la question de la justice. Il s'inspire de Michael Walzer pour examiner le sens de la justice dans différentes sphères de vie, en se concentrant sur les expériences d'injustice et leur résonance.
    - (36.852): Bruno Perreau est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans son ouvrage "Sphères d'injustice" (2023), il aborde les questions de majorité et de minorité. Son intérêt pour l'injustice a commencé avec l'étude des politiques d'adoption et la question de l'égalité.
    - (36.852): L’extension de l’égalité, en l’occurrence pour l’adoption des couples de même sexe, s’opère par comparaison avec les groupes déjà bénéficiaires de ces droits, en particulier les couples hétérosexuels. Bruno Perreau souligne ainsi la centralité normative que ces derniers occupent dans le débat.
    - (36.852): Il cherche à approfondir la notion de justice qu’il décline notamment dans le champ de l’action affirmative, appelée en France discrimination positive, à travers des thématiques comme le républicanisme ou les études queer. L’actualité marquée par la récurrence des meurtres racistes aux États-Unis renforce la nécessité de penser et d’étudier les enjeux de justice.
    - (36.852): La notion de sphère d'injustice, reprise du philosophe Michael Walzer, permet d'examiner le sens de la justice dans différents domaines de la vie (famille, vie professionnelle, religion...).
    - (36.852): Bruno Perreau veut montrer que la cohésion d'un espace moral est liée à la résonance entre différentes expériences d'injustice.
- **Présence minoritaire et majoritaire : une approche relationnelle de l'injustice** (256.085 - 470.854): Bruno Perreau introduit la notion de présence pour analyser l'expérience d'injustice, qui comprend le vécu direct, la possibilité d'injustice et le spectacle de l'injustice. Il explique que les groupes minoritaires sont définis par un rapport de pouvoir défavorable et durable, conduisant à une discrimination structurelle et à une identité construite autour de cette injustice. Il souligne que les notions de majorité et de minorité sont relationnelles et varient selon le contexte, nécessitant des stratégies juridiques plus fines et souples.
    - (256.085): D'après Bruno Perreau, l'expérience d'injustice a plusieurs volets : le vécu direct, la possibilité de l'injustice qui incite à modifier son comportement et le spectacle de l'injustice lorsque l'on en est témoin.
    - (256.085): Un groupe minoritaire est défini par un rapport de pouvoir défavorable, durable et intense, menant à une discrimination structurelle.
    - (256.085): L'injustice subie devient un facteur d'identité constitutif pour le groupe minoritaire.
    - (256.085): Bruno Perreau explique que majorité et minorité sont des notions relationnelles qui s'articulent entre elles et qui varient selon le contexte.
    - (256.085): Il est nécessaire de mettre en place des stratégies juridiques plus fines pour répondre aux injustices.
- **Le genre comme prisme révélateur des mémoires minoritaires** (471.656 - 728.563): Bruno Perreau explore la notion de genre en creux, à travers les mémoires minoritaires qui s'y expriment. Il explique que la polysémie du genre permet d'embrasser différentes réalités, comme les inégalités salariales, l'orientation sexuelle et les identités de genre. Il illustre comment la discrimination basée sur le genre peut révéler d'autres formes de discrimination, comme celle liée à l'âge. Il discute des concepts d'intersectionnalité et d'intrasectionnalité, soulignant la puissance du genre comme catégorie juridique hospitalière et la vision solidariste du droit qui en découle.
    - (471.656): À travers ses travaux sur les expériences d’injustice, Bruno Perreau mobilise la notion de genre. Le genre y est pensé "en creux" à travers les mémoires minoritaires, car ces critères de discrimination sont à la fois cumulatifs et amplificateurs les uns des autres.
    - (471.656): Bruno Perreau explique que la force de la notion de genre réside dans sa polysémie et sa souplesse. Elle recouvre les rapports entre les hommes et les femmes, l'orientation sexuelle ou les identités de genre.
    - (471.656): Les discriminations liées à l'âge sont souvent liées aux préjugés sexistes.
    - (471.656): Bruno Perreau souligne que la discrimination sur la base du genre peut révéler d'autres formes de discrimination et de les résoudre à travers le prisme du genre.
    - (471.656): Dans son livre, le professeur explique que le droit doit saisir l’intersectionnalité comme une dynamique discriminatoire, et non une simple addition de critères. Cependant, plus ces critères s’accumulent, plus il devient difficile de prouver cette dynamique.
    - (471.656): Bruno Perreau développe la notion d’intrasectionnalité, qui désigne la résonance entre différentes catégories protégées, en partant du principe que chaque catégorie juridique contient en son sein la présence d’autres catégories.
    - (471.656): La notion de genre est particulièrement inclusive et propose une vision solidariste du droit, où la protection accordée à quelques-uns bénéficie à l’ensemble.
- **L'éthique minoritaire : lâcher prise et accueil de l'autre** (729.523 - 948.352): Bruno Perreau propose une réflexion sur la présence de l'autre en soi, distinguant présence majoritaire (contrôle) et présence minoritaire (lâcher prise). Il suggère que l'expérience minoritaire implique d'accepter de se laisser traverser par la vie des autres, de perdre le contrôle de soi, et d'en faire l'occasion d'une meilleure connaissance de soi et d'une éthique d'accueil. Il cite des exemples littéraires comme Annie Ernaux et Jean Genet pour illustrer cette idée.
    - (729.523): Bruno Perreau explique dans son livre que la logique minoritaire consiste à laisser vivre l'autre en soi. Il réfléchit à la présence de l'autre en nous-même et au type de présence dont il s'agit.
    - (729.523): Il définit la présence majoritaire comme la volonté de contrôler son identité, celle des autres, et de s’approprier les vies qui nous traversent.
    - (729.523): Bruno Perreau définit ensuite la présence minoritaire comme l'expérience du lâcher-prise et acceptation d'être traversé par la vie des autres car le rapport de pouvoir est défavorable.
    - (729.523): L'expérience minoritaire permet une meilleure connaissance de soi et une éthique d'accueil de l'autre.
- **Vers une démocratie profonde : inclusion et adaptation** (949.353 - 1209.053): Bruno Perreau définit l'éthique minoritaire comme une attitude intransitive envers l'autre, reconnaissant sa présence sans jeu de miroir. Il souligne l'importance de cette éthique à l'ère de la globalisation et du danger environnemental, où le destin de l'autre est aussi notre destin. Il plaide pour une démocratie profonde qui fonctionne à géométrie variable, donnant une voix à ceux qui n'en ont pas, et propose des pistes concrètes comme une troisième chambre du Parlement ou des majorités variables selon les sujets.
    - (949.353): Bruno Perreau essaye de développer une éthique minoritaire basée sur l'acceptation de l'autre sans jeu de miroir.
    - (949.353): L'éthique minoritaire passe par la reconnaissance que l'on est déjà matériellement constitué par l'autre, que l'autre fait partie de nos fibres et que son destin est lié au nôtre.
    - (949.353): Importance de cette éthique dans un contexte de globalisation, de financiarisation et de danger environnemental.
    - (949.353): Bruno Perreau pense une démocratie à géométrie variable à partir de cette éthique minoritaire pour inclure les voix marginalisées.
    - (949.353): Il suggère une troisième chambre parlementaire représentant des groupes sociaux sans voix ou des majorités qui varient selon les sujets.
    - (949.353): Bruno Perreau propose l'idée de faire varier la composition des jurys selon la personne qui est jugée pour lutter contre les inégalités de classe dans la justice.



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