# Femmes en prison et continuum des violences
**Date de l'événement :** 26/05/2022
* Publié le 26/05/2022

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**Écouter l'épisode :**
[Vidéo 1](https://player.ausha.co/?podcastId=BQJl1IzaX3Oo&playlist=false&color=%2372238e&v=3&playerId=ausha-MZvX) 

## Description
Qui sont les femmes détenues dans le système pénitentiaire français ? À quoi ressemblent leurs parcours ? 

Dans cet épisode, **Natacha Chetcuti-Osorovitz**, enseignante et chercheuse en sociologie à Centrale Supélec, revient sur la longue enquête qu’elle a menée dans le quartier femmes d’une prison française. Beaucoup de femmes détenues étant à la fois victimes et coupables de violences, leurs récits mettent en lumière un continuum des violences de genre. Natacha Chetcuti-Osorovitz analyse leurs parcours au prisme d’une sociologie de l'émancipation.

📚  Ressources

*   Le livre de Natacha Chetcuti-Osorovitz : [“Femmes en prison et violences de genre. Résistances à perpétuité”](https://ladispute.fr/catalogue/femmes-en-prison-et-violences-de-genre-resistances-a-perpetuite/)  (La Dispute, 2021)
*   [“Le genre carcéral. Pouvoir disciplinaire, agentivité et expériences de la prison du XIXe au XXIe siècle”](https://books.openedition.org/emsha/1444)  (Editions EMSHA, 2022) : un ouvrage collectif dirigé par Natacha Chetcuti-Osorovitz et Sandrine Sanos.
*   [L’article de Liz Kelly sur le continuum de la violence sexuelle](https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2019-1-page-17.htm?contenu=resume),  traduit par Marion Tillous (Cahiers du genre, 2019)  
*   L’essai de Virginia Woolf publié en 1929 au Royaume-Uni : [Un lieu à soi](http://www.denoel.fr/Catalogue/DENOEL/Empreinte/Un-lieu-a-soi).  
*   Le travail de Nicole-Claude Mathieu sur le consentement dans le Chapitre 5 de [_L’anatomie politique_](https://www.editions-ixe.fr/catalogue/lanatomie-politique/) (Côté-femmes, 1991  ; iXe, 2013)
*   Consulter les statistiques de [la population détenue et écrouée](http://www.justice.gouv.fr/prison-et-reinsertion-10036/les-chiffres-clefs-10041/statistiques-de-la-population-detenue-et-ecrouee-34271.html) (Ministère de la Justice)

## Intervenant(s)
Natacha Chetcuti-Osorovitz

## Intervenant(s) secondaires
Violette Toye

### Date de publication de l'épisode
26/05/2022

### Famille(s) de contenu
`#Recherche` 

### Type(s) de ressource
`#Audio` 

### Discipline(s)
`#Sociologie` 

### Thématique(s)
`#Genre / sexualité` 

### Objectif(s) de développement durable
`#5 - Égalité entre les sexes` 

### Langue(s)
`#Français` 

**Type(s) d'accès :** `#Accès libre` 

### Hébergeur(s)
`#Ausha` `#Apple Podcast` `#Podcast Addict` 

## Droits
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### Média externe associé : https://player.ausha.co/?podcastId=BQJl1IzaX3Oo&playlist=false&color=%2372238e&v=3&playerId=ausha-MZvX

#### Résumé du média
<p>Natacha Chetcuti-Osorovirz, sociologue et anthropologue, a men&eacute; une recherche en immersion dans le quartier des femmes d'une prison fran&ccedil;aise. Son travail s'inscrit dans une sociologie de l'&eacute;mancipation et des savoirs situ&eacute;s, consid&eacute;rant que les personnes minoritaires sont les plus aptes &agrave; analyser les rapports de domination. Elle milite pour une sociologie de l'&eacute;mancipation et souligne l'importance d'une r&eacute;flexivit&eacute; du chercheur sur ses propres perceptions et positions sociales avant d'aborder le terrain.</p>
<p>L'&eacute;tude met en lumi&egrave;re le continuum de violence de genre, d&eacute;fini comme une s&eacute;rie de violences visibles et invisibles d&eacute;coulant de la hi&eacute;rarchisation des rapports sociaux de sexe. L'auteure s'appuie sur les travaux de Liz Kelly et les recherches mat&eacute;rialistes de Dani&egrave;le Kergoat et Maud Simonet pour analyser comment la division sexuelle du travail et les attendus li&eacute;s au r&ocirc;le f&eacute;minin peuvent conduire &agrave; une d&eacute;sappropriation de soi et, dans certains cas, &agrave; un passage &agrave; l'acte criminel. Elle a &eacute;galement &eacute;largi la notion de violence &agrave; celle de violence politique en comparant les trajectoires de d&eacute;tenues de droit commun et de prisonni&egrave;res politiques basques, ce qui lui a permis de mieux comprendre les diff&eacute;rentes formes de r&eacute;sistance face &agrave; la r&eacute;alit&eacute; carc&eacute;rale.</p>
<p>L'analyse du parcours p&eacute;nal r&eacute;v&egrave;le que la question des violences de genre est rarement abord&eacute;e en tant que telle. Le dispositif p&eacute;nal pr&eacute;suppose une unicit&eacute; entre l'individu, son acte et son intentionnalit&eacute;, ignorant souvent le contexte de violences subies. Les femmes d&eacute;tenues sont &eacute;valu&eacute;es sur leur capacit&eacute; &agrave; se montrer responsables, coupables et r&eacute;flexives, sans que soit pris en compte le continuum de violences qu'elles ont pu subir. Cette absence de prise en compte interroge la notion de consentement et la capacit&eacute; des femmes &agrave; r&eacute;pondre aux attendus du syst&egrave;me p&eacute;nal.</p>
<p>&Agrave; partir des entretiens men&eacute;s, Natacha Chetcuti-Osorovitz identifie quatre parcours types : "la prison lieu &agrave; soi maudit" (o&ugrave; les femmes connaissent une rupture biographique en se pensent autrement en prison apr&egrave;s des violences subies), "injustement condamn&eacute;" (caract&eacute;ris&eacute; par un conflit interne et une r&eacute;futation du r&ocirc;le d'auteure associ&eacute; &agrave; la non-reconnaissance par la justice de leur position de victime), "une peine attendue" (li&eacute; aux trafics de stup&eacute;fiants et &agrave; la division sexuelle du travail criminel dans les classes plus modestes et populaires), et celui des prisonni&egrave;res politiques (dont la r&eacute;sistance passe par la d&eacute;qualification de la peine plus que par la critique des violences de genre). La chercheuse souligne que ces parcours sont &eacute;galement marqu&eacute;s par des violences de classe et symboliques, li&eacute;es &agrave; la timidit&eacute; et &agrave; la honte sociale.</p>

#### Mots-clés du média
`femmes en prison` `violences de genre` `sociologie carcérale` `savoirs situés` `continuum de violence`

#### Chapitres du média
- **Savoirs situés et intérêt pour le milieu carcéral : perspective biographique, académique et politique de Natacha Chetcuti-Osorovitz** (82 - 340.627): Natacha Chetcuti-Osorovitz explique son intérêt pour le monde carcéral, influencé par une expérience personnelle et un engagement militant au sein de l'Observatoire international des prisons et d'Act Up. Elle souligne l'importance de considérer les minorités comme sujets et d'analyser les rapports de domination à partir de leurs expériences. Elle aborde également la sociologie de l'émancipation et la notion de savoir situé, qui implique une réflexivité sur soi-même et sur les rapports sociaux qui influencent la recherche.
    - (82): Intérêt pour le monde carcéral lié à des expériences personnelles et un engagement militant.
    - (82): La chercheuse défend une sociologie de l'émancipation et des savoirs situés.
    - (82): Les minoritaires sont les plus à même de penser l'expérience sociale à partir d'une analyse des rapports de domination. Pour la chercheuse; la sociologie doit contribuer à leur émancipation.
    - (82): Nécessité d'une réflexivité préalable à la recherche pour comprendre l'influence des rapports sociaux sur les données.
- **Le continuum de violence de genre : définition et application au contexte carcéral selon Liz Kelly** (367.977 - 530.74): Natacha Chetcuti-Osorovitz précise qu'elle travaille sur le continuum de violence de genre, et non sexuelle. Elle s'appuie sur les travaux de Liz Kelly pour définir ce concept comme un ensemble de violences visibles et invisibles découlant de la hiérarchisation des rapports sociaux de sexe. Elle explique comment la division sexuelle du travail et les attentes liées aux rôles féminins peuvent conduire à une désappropriation de soi et au passage à l'acte violent chez les femmes incarcérées.
    - (367.977): Définition du continuum de violence de genre basé sur les travaux de Liz Kelly. Les rapports de domination et d'appropriation du corps des femmes constituent un lien structurant pour toutes les femmes.
    - (367.977): Importance des violences invisibles découlant de la division sexuelle du travail, influence des recherches matérialistes.
    - (367.977): Les attendus de travail invisible (écoute, soin, attention) qualifient positivement  les femmes mais peuvent mener à une désappropriation de soi.
    - (367.977): Le passage à l'acte de certaines femmes incarcérées est lié à ce continuum de violence et à la désappropriation de soi.
- **Violence politique et formes de résistance en prison : une approche comparée** (547.712 - 601.702): Natacha Chetcuti-Osorovitz souligne l'importance d'une approche comparée entre les détenues de droit commun et les prisonnières politiques (ex-ETA) pour comprendre les différentes formes de résistance en milieu carcéral. Elle explique que cette approche lui a permis de dépasser une simple description des mécanismes de domination et de saisir les marges de manœuvre possibles pour les femmes incarcérées.
    - (547.712): Comparaison des trajectoires de détenues de droit commun et de prisonnières politiques basques (ex-ETA).
    - (547.712): Analyse des marges de manœuvre différentes entre les deux groupes et des formes de résistance permises par cette approche comparée.
- **Le parcours pénal et l'évaluation de la récidive : l'impensé des violences de genre** (620 - 920.702): Natacha Chetcuti-Osorovitz décrit le parcours pénal comme une chaîne d'évaluation continue, axée sur la prévention de la récidive. Elle explique que le récit pénal, structuré autour des notions de responsabilité, de culpabilité et de réflexivité, ne prend pas en compte la question des violences de genre et le continuum de violence subi par de nombreuses femmes avant leur incarcération. Elle souligne l'importance de la notion de consentement et l'impensé des violences de genre dans le dispositif pénal.
    - (620): Le parcours pénal commence à l'arrestation et la prison en est la fin. La chercheuse a uniquement travaillé sur cette dernière étape.
    - (620): Le parcours pénal évalue continuellement les détenus, axé sur la prévention de la récidive.
    - (620): Le récit pénal se structure autour de la responsabilité, de la culpabilité et de la réflexivité sur ses actes. Les passages à l'acte des femmes relèvent souvent de la non-reconnaissance des violences de genre.
    - (620): La question du consentement et les violences de genre sont souvent impensées dans le parcours pénal. Les attendus des gardiens de prisons envers les femmes poursuvent ces violences.
    - (620): Le dispositif pénal présuppose une unicité entre l'individu, l'acte et l'intention, ignorant les violences de genre.
- **Typologie des parcours de femmes incarcérées : prison lieu à soi maudit, injustement condamné, une peine attendue et prisonnières autodéfinies politiques** (933.506 - 1253.981): Natacha Chetcuti-Osorovitz présente quatre parcours types de femmes incarcérées, identifiés à partir de ses entretiens. Elle insiste sur l'importance de prendre en compte la violence de classe et la violence symbolique, en plus des violences de genre. Elle détaille les caractéristiques de chaque parcours : la prison comme lieu de rupture biographique pour les femmes ayant subi des violences (lieu à soi maudit), le conflit interne et la réfutation de la culpabilité pour les femmes se considérant injustement condamnées, l'acceptation d'une peine inéluctable pour les femmes impliquées dans des trafics, et la déqualification de la peine comme forme de résistance pour les prisonnières politiques.
    - (933.506): Les femmes subissent des violences de genre, de classe et symboliques, influençant leur récit de soi.
    - (933.506): Quatre parcours types sont identifiés : "prison lieu à soi maudit", "injustement condamné", "une peine attendue'" et "prisonniers autodéfinis politiques".
    - (933.506): Le parcours "lieu à soi maudit" illustre les femmes victimes de violences de genre non reconnues avant l'incarcération, cherchant à se redéfinir, par exemple en apprenant à dire non.
    - (933.506): Le parcours "injustement condamné" concerne les femmes réfutant leur culpabilité et la victimisation, en conflit permanent avec le système.
    - (933.506): Le parcours "enfermement inéluctable" concerne les femmes impliquées dans des trafics, souvent issues de milieux défavorisés ou étrangères, connaissant les risques encourus.
    - (933.506): Les prisonnières "autodéfinies politiques" résistent à la déqualification de leur peine, cherchant une reconnaissance politique.



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